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  • Thomas Ferry

Tour de France : (re)partons sur de bonnes bases

Mis à jour : il y a 2 jours

Cette année, comme bien d’autres compétitions (finalement chanceuses !), le Tour de France a été reporté, pour se dérouler du 29 août au 20 septembre 2020. Je me souviens, lorsque j’étais adolescent et que je partais randonner avec mes amis en montagne, j’avais toujours l’influence du Tour, bien ancrée en moi. D’ailleurs, est-ce que c’était de la randonnée ? Pas sûr, et on s’approchait clairement de ce qu’on a appelé quelques années plus tard « le trail ». Bref, peu importe, tout ce dont je me souviens, ce sont les autocommentaires que je m’attribuais quand je faisais une attaque (virtuelle et stupide) dans une montée un peu raide et que je plantais tous ceux qui m’accompagnaient (souvent des amis plus jeunes, je l’avoue) pour m’envoler vers les sommets. Mes sommets. J’ai fait partie de ces personnes largement inspirées par les exploits sportifs, et aujourd’hui encore je suis sensible aux performances associées à des voix uniques, celles des commentateurs qui s’emballent pour nous livrer ce qu’ils perçoivent, ressentent, vivent en direct. Je serais bien incapable d’extérioriser la moindre émotion, contrairement à eux ! En résumé : exploit + commentateur en folie = envie de se dépasser et de partir comme un fou à l’assaut des sommets. Pas forcément sur un vélo du coup.

Évidemment, j’étais plutôt du genre « maillot à pois », même si l’idée du maillot jaune ne me déplaisait pas. Je n’irais pas jusqu’à citer des noms, car malheureusement les scandales ont rendu visible une partie de l’iceberg. À cette époque, j’ai commencé à me poser des questions sur le cyclisme, sur le fait qu’on puisse se moquer de nous, et puis plus tard j’en suis arrivé me dire que finalement les sportifs (la majorité) étaient aussi pris en otage, tout comme nous, modestes spectateurs que nous sommes, passionnés, naïfs, authentiques. Le dopage, pour le citer enfin, a fait couler beaucoup d’encre, et je trouve le sujet passionnant, à tous points de vue. Alors, j’en ai entendu, des « je connais quelqu’un qui a importé les moteurs intégrés dans les moyeux, déjà avant les années 2000 », ou des « à ce qui paraît, c’est un tel qui a obligé les coureurs à se doper », et j’en passe. Très honnêtement, j’ai eu l’impression d’avoir été pris pour un idiot, que tout cela n’était plus qu’une question d’argent et non de sport. M’en suis-je vraiment remis ? Pas si sûr.


En tout cas, puisque nous sommes dans la thématique mentale, je vais vous partager une réflexion d’un enseignant que j’ai eu à la fac, ce genre de réflexion qui aurait pu être noyée dans les contenus et autres connaissances du STAPS, mais qui a été en réalité à l’origine chez moi d’un vrai changement : commencer par le début, et non pas par ce qui semble être acquis, ou évident. Je prends souvent l’exemple en cours de communication des sapeurs-pompiers. Tout le monde a entendu parler des « sapeurs-pompiers »… mais à part ceux qui sont dans ce milieu, personne ne sait ce que signifie « sapeur ». Il m’a fallu attendre au moins 30 ans avant de me dire « mais ça veut dire quoi au fait ? ». Dans l’idée, c’est un peu la même chose avec le Tour de France. Je me souviens que tous les médias disaient que l’épreuve était devenue trop difficile, que les sportifs n’arrivaient plus à suivre. C’est ça qu’on nous disait, qu’on nous rabâchait à la télévision. Et je crois que tout le monde l’avait admis. On a donc réduit la durée des étapes. Est-ce que cela a mis fin au dopage ? Non. Parce qu’à cette époque, Armstrong n’était même pas en haut de l’affiche (on parlait de son cancer, c’est tout). La réflexion de cet enseignant qui a fait « tilt » en moi, c’est celle-là : « tout le monde croit que les étapes sont trop longues, mais je connais bon nombre de sportifs capables de faire un tour de France aujourd’hui. En réalité, ce qui ne va pas, ce n’est pas la durée ou la longueur d’une étape, c’est le temps qu’on impose aux coureurs ». Tiens, y aurait-il une certaine manipulation médiatique derrière tout cela ? N’ai-je jamais entendu certains sportifs me dire « les journalistes nous ont dit que si on ne faisait pas de médailles, l’audience serait mauvaise ». Et donc ? Et donc qu’est-ce que cela signifie ?

Voilà des sujets passionnants sur la communication, la manipulation, la pression. Loin de moi l’idée de mettre tous les sportifs dans le même panier, et tous les journalistes. L’histoire a montré qu’on ne pouvait pas le faire. Mais essayons d’avoir toujours un recul sur ce qu’on nous dit, sur ce qui est admis. Un jour, un autre enseignant avait faire référence à une passe entre les jambes d’un rugbyman (français) pendant la coupe du monde. C’était soi-disant un exploit. Ce professeur m’avait dit « en fait, du point de vue moteur, n’importe quel gamin de 8 ans est en mesure de faire une passe entre les jambes ». L’exploit n’était donc pas la passe en elle-même.


Étranges paradoxes donc, en ce qui me concerne, au sujet des commentateurs et journalistes sportifs. Je bois les paroles des uns, je me sens entraîné parfois, et puis depuis ce fameux premier scandale du Tour de France, depuis ces réflexions intéressantes entendues entre deux partiels, je suis devenu plus prudent. Certaines personnes sont assez dures, violentes, quand elles parlent de tous ces cyclistes (forcément tous dopés à leurs yeux). D’autres ont encore les yeux qui brillent quand ils évoquent Armstrong, même en connaissance de cause. C’est la beauté du sport, cela nous montre bien que quelque chose nous dépasse quand même, dans les émotions que cela procure. Lorsqu’on est préparateur mental, je crois qu’il faut savoir prendre de la distance avec tout cela. J’insiste toujours sur la naïveté. Je persiste. Bien sûr que j’admire certains sportifs en dehors de mon travail. Mais quand je suis en pleine séance, je suis bien obligé d’écouter différemment, de voir différemment, de penser différemment. Ce Tour de France m’a tellement fait rêver quand j’étais jeune ! J’espère qu’il continuera de faire rêver de nombreuses générations d’ailleurs. Il faudra aussi savoir dire à nos enfants que malgré tout ce qu’on peut dire, malgré les enjeux, le dopage, les histoires et les scandales, tous ces coureurs restent très forts. Ils sont très forts, et même s’ils mettaient tous 30 minutes de plus pour boucler une étape, ils seraient encore très forts. Cet article pourrait vous laisser croire que le sport n’a plus rien de magique à mes yeux, n’est-ce pas ? Allons, prenez un peu de hauteur. Et maintenant ?

:-)

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© 2020 par Thomas Ferry

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