On se concentre sur Rolland Garros !

1983. C’est un peu la date qui reste dans les têtes, comme ce bon vieux 1515 (quinze cent quinze, c’est bien comme ça qu’on le dit, non ?). Sauf que là, il s’agit de tennis, pas de François 1er, mais de la victoire de Yannick Noah ! Je serais tenté de dire que pour les plus jeunes, cette date s’oublie et qu’il ne reste que le nom d’un grand tennisman. De toute façon, avec Internet, ça ne sert plus à grand-chose de retenir des dates, vous ne trouvez pas ? Rolland Garros, Rolland Garros aura quand même lieu ! Bien sûr, certains trouveront une pointe de méchanceté dans mes propos, à l’égard de jeunes… mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit ! Et justement, nous, les plus âgés, n’avons-nous pas non plus une certaine amnésie de ce côté-là ? Interrogez donc les français et leur chauvinisme prononcé : quelle est la dernière victoire française à Rolland ? Beaucoup rectifieront dans leur tête « la seule victoire », et 99% des français donneront cette réponse d’un même cœur : Yannick Noah.

Sauf qu’en réalité, il faudrait bien que les plus âgés retournent chercher leur « 1515 » sur Internet, pour se rafraîchir la mémoire. La dernière victoire française à Rolland Garros, c’est justement une française, c’était en 2000, et c’est l’exploit d’une certaine Mary Pierce, dont tout le monde connait le nom… tout en oubliant cette magnifique victoire, tombée dans l’oubli. Pourquoi ? Chacun a bien son idée sur la question.



Rolland Garros en septembre, c’est possible ? Oui, on voit que c’est bien possible dans de telles circonstances. Depuis plusieurs semaines, j’écoute ce qui se dit dans les interviews, les conditions difficiles pour gérer au mieux ces isolements, cette froideur omniprésente dans les tournois qui ont précédé « notre Rolland ». Pas facile pour les joueurs, les joueuses, et quelques larmes ont coulé. Certains joueurs redoutaient il y a quelques semaines les conditions de jeu à Paris, nous verrons bien, et je leur souhaite un très beau tournoi.


Plusieurs fois j’ai travaillé avec des joueurs, et plusieurs fois cette même problématique est revenue : comment gagner les points importants ? Ou autrement dit, puisque c’est comme ça que les sportifs le formulent : « comment ne pas perdre mes moyens au moment de conclure ? ». Notre cerveau a tendance à se focaliser sur ce qu’il a envie de nous montrer, de retenir (les plus réveillés noteront que le lien est évident avec le début de l’article !). C’est inconscient, on le subit, et dans bien des situations ça n’a aucune importance, aucun inconvénient. Sauf bien sûr si on doit servir pour le match, ou gagner un tie break. Les philosophes diront que les erreurs et les « échecs » permettent d’apprendre, mais les sportifs ont des entraînements pour cela, et ils aiment quand même bien gagner en compétition ! Encore une fois, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit, certains sportifs sont très philosophes !



Alors, que se passe-t-il sur ces balles importantes ? Certains évoqueront une mauvaise gestion des émotions, une pression trop importante, une incapacité à se relâcher, à rester au présent. Oui, c’est possible. Mais plusieurs fois, notamment via l’imagerie mentale, j’ai constaté la même chose. Quand tout va bien, quand on se sent bien, notre cerveau fait son job, très bien, il enchaîne avec facilité les points, jusqu’à la balle importante. Cette fameuse balle qui ne passe pas, et qui parfois nous fait perdre le match à force d’interrogations, de colère, de frustration. Quand tout va bien, on peut faire confiance à notre cerveau, il est entraîné pour gagner, pour bien jouer. Alors il se concentre sur les éléments importants : le déplacement de l’adversaire, ou la vitesse et la trajectoire de la balle par exemple. Et il le fait très bien ! Il passe naturellement de l’un à l’autre, habitué à le faire, confiant. Et quand vient cette fameuse balle de match, quand on la visualise mentalement en séance, on se rend compte que l’attention du joueur n’est plus forcément sur tout ça, sur ces paramètres. Elle est « en lui » : lourdeur dans la poitrine, rythme cardiaque trop élevé, respiration courte. Le cerveau nous piège, il nous propose cela, et nous n’en avons même pas conscience souvent. Alors, on frappe dans la balle sans être capable de reprendre la main sur ce qui fonctionnait jusque-là. C’est comme si on vous demandait de regarder les étoiles en fermant les yeux. C’est comme si on vous demandait d’écouter de la musique avec un casque antibruit. Bien sûr qu’il y a l’enjeu, la projection, les émotions. Mais avant de travailler tout cela, c’est peut-être bien aussi de comprendre comment fonctionne la concentration : où porter mon attention d’une part, combien de temps suis-je en mesure de le faire d’autre part. Reprendre la main sur un piège cortical, voilà un beau challenge ! Et alors, quand on comprend cela, on peut gérer un peu mieux ses humeurs, on peut choisir de contrer une pensée négative par une pensée plus intense et plus positive dans le présent. Reprendre la main, porter son attention ailleurs, c’est aussi apprendre à donner plus de sens à autre chose, pour que le cerveau ne soit pas tenté de revenir à son piège initial. Est-ce là le bon vieu principe de la carotte ? Peut-être bien. Mais si une petite carotte apporte une plus grande récompense, méritée, alors pourquoi s’en priver ?! Evidemment, c'est comme tout, il faut s'entraîner ; la préparation mentale n'est pas une succession de tours de magie...


Rolland Garros commence aujourd’hui ! Encore une fois, ce sera un régal d’apprendre sur le mental en admirant tous ces joueurs et… toutes ces joueuses !

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© 2020 par Thomas Ferry

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