Instagram et préparation mentale : ça "matche ?"

Je vous vois déjà venir, ça sent l’article du préparateur mental vieillissant qui va nous faire la morale sur les réseaux sociaux ! Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que j’adore Instagram, pour différentes raisons, notamment parce que je suis un passionné de photographie et que ça me permet de suivre des artistes aux quatre coins de la planète. J’adore Instagram !

Oui mais voilà, certains sportifs que je prépare m’en parlent aussi, avec un autre discours, parfois bien plus sombre. J’ai donc essayé d’en comprendre les rouages et les dérives, pendant quelques mois, sur mon compte de photographe passionné. J’ai beaucoup appris, mais j’ai surtout vécu et ressenti. En fait, je suis allé un peu à la course aux « likes », sans toutefois franchir une certaine limite. On a tous déjà entendu parler des problématiques liées aux réseaux sociaux. Là, je vous propose de rentrer au cœur de ce que vivent certains sportifs. C’est brut. Une réflexion à cœur ouvert, car ce sujet me touche beaucoup.

La dépendance


Cet été, une sportive m’a avoué vouloir faire un break d’Instagram, en me demandant de l’appeler sur son téléphone professionnel et non personnel, car elle voulait mettre fin aux applications et notifications si facilement accessibles. La semaine dernière, une autre sportive, beaucoup plus jeune, m’a confié avoir eu exactement ce même besoin.

Dans ma messagerie, des personnes que je ne connais pas m’envoient des messages en me suppliant presque de les suivre. Manque de reconnaissance ? Porte d’accès vers des sponsors éventuels ? Je n’en sais rien, seuls les psychologues répondront à cette question.

J’ai donc voulu connaître les effets d’Instagram, cette course aux « likes », avec quelques idées en tête, avec cette envie d’approfondir ce que certains ont appelé « la pression ». Oui, c’est bien le mot utilisé par les sportifs, j’y reviendrai un peu plus tard.

En fait, peu importe la raison qui est pour l’instant derrière tout cela : quand on choisit de courir après les « likes » et les « followers », une certaine dépendance s’installe rapidement. Les comparaisons avec les gains de la veille sont mentalement faciles à faire, surtout à mon niveau. Les statistiques se calculent spontanément. Il n’y pas de secret, pour forcer le côté naturel d’Instagram, il faut aller chercher les résultats, donc aller « liker » les publications des autres, des inconnus surtout, ceux qui potentiellement voudront bien vous suivre. Quand on procède avec méthode, on calcule aisément le taux de retour, et alors on peut presque prévoir l’augmentation du nombre de followers qu’on aura si on passe tant de temps sur Instagram par jour. Et forcément, parfois, machinalement, on a envie d’aller un peu plus loin, d’avoir d’autres objectifs. J’ai vécu une micro dépendance, bien loin encore de celle dont quelques sportifs me parlent. Mais cela m’a suffi : un sommeil perturbé, des difficultés à me concentrer parfois, sensation « d’absence » en conduisant, irritabilité voire agressivité, ouverture de l'application au réveil. C’est ce que j’ai ressenti en voulant cliquer machinalement sur le contenu d’Instagram. Attention, je ne remets pas en question l’efficacité de ces méthodes en termes de visibilité !

Tous les sportifs ne réagissent pas comme moi, et tous les sportifs non plus ne courent pas après les « likes ». Mais je sais à quel point certains vivent cela, de manière décuplée. Parce qu’ils ont osé m’en parler. J’ai vu, j’ai vécu, j’ai survécu aussi, en ressentant ce besoin à mon tour de « breaker ».


La pression


Je ne m’intéresse donc pas au « besoin » de reconnaissance dans cet article, même s’il existe forcément chez certains. Non, ce qui est passionnant chez les sportifs, c’est que beaucoup ont la pression. La pression de toujours publier du contenu intéressant, d’appuyer sur certains boutons pour contrer une publication peut-être moins bonne que les autres. La pression de réagir. La pression d’ajouter des stories encore plus intimes, encore plus innovantes aussi. Ce mot, « pression », m’a fait beaucoup réfléchir.


Les sponsors mettent-ils la pression ?

Réponse choquante, même de très grandes marques fonctionnent encore de cette manière ! Plusieurs sportifs m’ont dit que leurs sponsors leur avaient demandé de « mettre le paquet » pendant le confinement, et je passe sur les menaces subséquentes. Alors, c’est bien beau, tous ces discours commerciaux sur la liberté de profiter de la nature, toutes ces publicités surfant sur le côté « mental ». Mentalement heureux. Mentalement relâché. Existe-t-il encore des marques capables de dicter cela aux sportifs, sans même leur faire suffisamment confiance ? Des marques qui se croient supérieures aux sportifs, parce qu’elles les aident financièrement ? Ne devrait-on pas plutôt avoir une relation d’égal à égal ?

Peut-être que tout simplement certains sportifs n’interprètent pas bien ce qu’on leur a demandé. Qu’est-ce que cela signifie « mettre le paquet » ? J’ai posé ces questions, et force est de constater qu’on oblige quelquefois, par contrat, à publier tant de photos par semaines, tant de stories. Et Pire encore. D’accord, c’est un contrat, mais je ne peux que remettre en question dans ces cas-là la notion de « confiance ». Notez bien qu’il s’agit d’un avis personnel.


Les sportifs se mettent-ils la pression ?

Oui ! Même si certaines marques me semblent assez « vieux jeu » sur la question des réseaux sociaux, préférant imposer plutôt que de laisser davantage de temps à la créativité, d’autres sont tout à fait conscientes que les sportifs sont des humains ! Il existe forcément une limite entre « je ne publie rien », et « on me demande de publier à outrance ». A-t-on vraiment besoin d’un contrat pour ça ? Est-ce qu’on ne pourrait pas en parler simplement, humainement, notamment quand on choisit de soutenir un athlète ? Ce qui est sûr, c’est que certains sportifs se mettent une pression naturellement. Publier mieux, davantage, encore et encore. Dépendance d’un côté, et pression de l’autre, un cocktail détonnant ! C’est un point nouveau sur lequel j’interviens en préparation mentale depuis quelque temps : la thématique de la pression, cette pression-là. Est-elle réelle ? Et si oui, comment la gérer ? Avec qui en parler ? J’en profite pour souligner l’importance du travail en équipe, et le rôle des psychologues sur ces questions parfois très délicates.



En conclusion


J’ai lu récemment une étude qui disait que les personnes avaient tendance à se désabonner en masse des « gros influenceurs ». Disait-elle la vérité ? Je n’en sais rien, mais cela pourrait déjà coïncider avec le fait que les micro-influenceurs aient le vent en poupe. En fait, ce serait une bonne nouvelle, je crois. Il vaut mieux un sportif libre et sincère, plutôt qu’un sportif qui subit les demandes démesurées de certains sponsors. Si les marques veulent jouer sur le côté quantitatif, qu’elles le fassent sur leur « feed », et ce sera tout à fait respectable. Qu’elles partagent les publications de leurs protégés, en courant elles-mêmes après les followers, avec les mêmes méthodes qu’elles osent utiliser avec les sportifs. Mais qu’elles laissent leurs ambassadeurs libres ! Quant aux sportifs, limitez-vous. Cadrez. Prenez du recul. Vous valez humainement bien plus qu’une somme de publications.

Chacun a des efforts à faire de ce côté-là. Personnellement, je trouve ça intolérable de voir que certains sportifs restent pris au piège. Leur investissement vaut d’ailleurs souvent bien plus que ce qu’on leur donne en échange.

Un jeune m’a même confié que dans son établissement scolaire, le nombre de followers et de likes était d’une importance capitale en termes de reconnaissance…

J’adore toujours Instagram. Pas forcément ce qu’on en fait. Et j’ai du mal à accepter l’idée que cette thématique viennent s’ajouter à toutes celles, passionnantes, de la préparation mentale ! Amis sportifs, ne tombez pas dans ce vilain piège, et profitez de ce réseau génial, sans vous mettre en danger. Ah, au fait, n’oubliez pas de liker mon profil ! :-)

© 2020 par Thomas Ferry

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