Confidentialité : arrêtons le massacre !

La notion de confidentialité me fait beaucoup réfléchir depuis quelques années, et il m’a fallu du temps pour oser donner mon avis et dénoncer les absurdités et les paradoxes qu’elle engendre. En fait, j’ai maintenant du mal à comprendre où certains veulent en venir en faisant signer des « chartes », des « codes », où il est marqué clairement que tous les entretiens resteront confidentiels. Le fameux secret professionnel, n’est-ce pas ?


Tout d’abord, c’est quoi la confidentialité ?


Commençons par l’une des premières définitions trouvées sur le net : « la confidentialité est la qualité de ce qui est confidentiel ». Le serpent qui se mord la queue ? Un peu, mais ce n’est pas un hasard si j’ai commencé par là.

Si on approfondit très simplement la définition, on peut arriver à celle-ci : « maintien du secret d’informations ». En fait, il existe différentes déclinaisons en fonction des professions : confidentialité journalistique, légale, informatique bien sûr, militaire, religieuse. L’une d’elles s’approche de la préparation mentale : la confidentialité médicale, « le fait de s’assurer que l’information n’est accessible qu’à ceux dont l’accès est autorisé » (définition de l’ISO). Pour ne citer que Wikipédia sur cette question : « Les communications entre un médecin et un patient dans un cadre médical professionnel sont légalement confidentielles dans la plupart des pays. Issue d'un principe éthique rigoureux, cette confidentialité, nommée secret médical, comporte cependant des limites juridiques qui en diminuent la portée réelle. En France, les éléments médicaux relatifs à certains crimes ou certaines pathologies ne sont par exemple pas couverts par le secret médical ».


Le paradoxe avec la préparation mentale


Ceux qui font d’ailleurs signer des chartes sur la confidentialité, des engagements, sont aussi les premiers à dire que la préparation mentale n’a rien à voir avec le suivi psychologique (qui fait encore tellement peur !), que le mental est une qualité qui se développe au même titre que le physique, la technique, ou la tactique par exemple. La préparation mentale, en effet, n’a pas à s’occuper des différentes pathologies traitées par les psychologues. Alors, pourquoi s’entêter sur cette notion de confidentialité ?

Avez-vous déjà vu un sportif cacher son préparateur physique ? C’est exactement le même principe avec le préparateur mental. Quelle honte à vouloir tenir secret le fait de travailler sur la concentration, les routines, la respiration, etc. Et même si on va un peu plus loin, si on pousse jusqu’au travail de la gestion émotionnelle, est-ce une honte de savoir déclencher un comportement sur commande, de se servir des émotions pour « se mettre en mouvement » ? Allons encore plus loin, avec la confiance en soi : qu’est-ce qui est confidentiel dans le fait de vouloir se connaître un peu mieux ?

La préparation mentale n’a pas plus de données confidentielles que le préparateur physique ou l’entraîneur. D’ailleurs, pour ceux qui entraînent, vous savez autant que moi que certains sportifs se confient parfois sur leurs bobos, leurs désillusions relationnelles. C’est humain. Au même titre que le préparateur physique, le kiné, le coach, le préparateur mental n’a pas à résoudre ces « problèmes ». Cependant, il peut écouter le sportif, et l’accompagner vers un autre professionnel si besoin.

Voilà le paradoxe : on communique bien trop sur la notion de confidentialité, alors qu’en réalité elle ne représente qu’une faible partie de notre métier. En faisant cela, on augmente le fossé entre ce qu’est la préparation mentale, et l’image négative que certains pourraient en avoir ! Serions-nous finalement un peu complexés par le fait de n’être « que » des prep mentaux, et pas des médecins, psy-quelque chose ? Pourrait-on y voir un petit problème d’Ego derrière tout ça ? Le côté confidentiel est-il là pour respecter le sportif ou se donner davantage d’importance ? Ce sont ces réflexions qui m’animent depuis plusieurs années, je vous épargne mes conclusions.




Confidentialité de la relation professionnelle / des exercices, outils et méthodes


Pour être également préparateur physique, j’ai rarement entendu un sportif cacher le fait d’avoir un prep physique (au contraire !). Et dire qu’on travaille avec un prep physique ne signifie pas forcément citer le prep physique (voir paragraphe suivant) en question. MAIS ce qui pourrait confidentiel, évidemment, ce sont les planifications, les plans d’entraînement. Au début d’ailleurs, j’y tenais beaucoup, et je demandais au sportif de ne pas diffuser mes « planifs » ; ce qui a pourtant été fait parfois ! Avec du recul, je me dis que vouloir appliquer stupidement ce qui a été fait pour une personne en particulier, sans savoir répondre au « pourquoi » et au « pour quoi », ça n’avait aucun sens. C’est un peu le même principe en préparation mentale. On pourrait vouloir cacher, tenir secret un exercice particulier de respiration, une méthode d’imagerie mentale, ou je ne sais quoi, ça changerait quoi fondamentalement ? Rien. La confidentialité pourrait cependant se justifier dans ce cas, sur le contenu. Mais pas sur la forme.


Confidentialité et publicité


En fait, je crois que la plupart des préparateurs mentaux, par précaution, utilisent le mot « confidentialité » pour dire « je ne ferai pas de pub sur notre travail ». Et ce sont deux choses bien différentes ! Autre sujet, autre débat, autres réflexions ! Les sportifs ont encore vraiment honte de dire qu’ils travaillent avec un préparateur mental, sûrement un peu à cause de ce paradoxe autour de la confidentialité, je crois. Au début, j’imaginais que les personnes n’étaient pas forcément informées sur les définitions, ce qui différencie préparation mentale et suivi psychologique. C’est certainement le cas. Mais, en toile de fond, cette histoire de confidentialité n’arrange rien. À mon sens, un sportif devrait pouvoir dire simplement « je développe mes habiletés mentales », ou plus simplement « je bosse sur ma concentration », comme il dirait « je vais faire ma séance de muscu ». Libre à lui de dire avec qui !

Alors, oui, certains sportifs m’ont demandé de ne pas communiquer sur notre relation professionnelle. Confidentialité ou publicité ? Est-ce une gêne, une honte de parler « mental », ou est-ce le fait de ne pas vouloir « donner son petit secret » à ses adversaires (et au passage dorer bien injustement l’Ego de son préparateur mental) ? Même en équipe de France, combien de sportifs sont en mesure de se payer leur propre préparateur physique d’ailleurs ? Vouloir se réserver l’exclusivité d’un préparateur mental est sûrement une belle erreur, car cela voudrait dire que c’est grâce à lui qu’on réalise les performances… et je ne crois pas que ce soit le cas. Nous sommes là pour accompagner, donner des outils, favoriser l’échange, mais ce sont bien les sportifs qui s’entraînent, qui se donnent, et qui réalisent les performances.



En conclusion


L’an dernier, naturellement (pour la première fois !), j’ai cité une sportive de haut niveau dans un cours en école de commerce. Au début, je ne l’ai pas vraiment citée, et puis une étudiante m’a demandé de qui il s’agissait. C’était justement sur la thématique de la « concentration ». Avant, j’aurais dit « je ne peux pas vous le dire, c’est confidentiel ». C’était très peu malin de ma part, très prétentieux, car je ne vois pas où est le côté confidentiel dans le fait de vouloir aborder mentalement la question de la concentration. J’ai donc cité la personne en question. Quand j’ai revu cette sportive, j’ai tenu à la prévenir que certains étudiants avaient entendu parler d’elle. Sa réponse ? « J’en suis très flattée, tant mieux si ça peut servir ». Voilà ce que j’aime entendre !

Je n’irai jamais demander, comme certains le font, à un sportif de me citer sur chaque post dans les réseaux sociaux. C’est de la publicité, je n’ai rien contre, et les sportifs sont libres de le faire s’ils le souhaitent. Je respecterai toujours leur envie de me tenir dans l’ombre pour n’importe quelle raison, même si je ne cèderai jamais à l’idée que c’est parce que je suis bon ! Mais qu’on en finisse avec ses faux secrets, avec cette fausse confidentialité ! Pour être préparateur physique en parallèle, j’ai aussi des sportifs qui se confient, qui se livrent, au même titre qu’en préparation mentale. Travailler mentalement n’a rien de confidentiel. N’étant pas psychologue, je ne me prononcerai pas de ce côté-là (à ce propos, Teddy Riner évoque bien volontiers le travail avec sa psychologue !).

C’est un appel que je fais : la préparation mentale moderne n’est plus forcément celle qui était parfois faite auparavant, par certains précurseurs exerçant une profession qui manquait de clarté, de cadre. Ils nous ont ouvert la voie, respectons-les ! Travailler mentalement n’a rien de confidentiel, arrêtons de communiquer sur cette absurdité ! C’est un non-sens ! Pas besoin de signer des papiers, d’en faire des tonnes ; agissons humainement, comme tous les autres professionnels qui travaillent avec les sportifs !

Le serpent qui se mord la queue… n’est-ce pas ?


(*) Le titre de cet article est directement inspiré d’un grand préparateur physique :-)

© 2020 par Thomas Ferry

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